Dernière étape : Lençóis Maranhenses sur la piste des lagons cristallins

Nous arrivons à São Luís en pleine nuit. Comme souvent dans les grandes villes. A notre arrivée, on ne voit que le néon blafard des lampadaires et des taxis qui sentent le cuir fatigué. *Je le suis tout autant. Après une crise d'angoisse dans l'avion... J'arrive tant bien que mal à ne pas vouloir faire descendre l'avion (faut vraiment que j'aille au psychanalyste, moi). Ensuite, à la sympathie du Uber et de la route où pas un seul chat ne passait, j'ai reussi à penser que, peur-être, le Uber allait me découper et me prendre mon rein... voyage serein*

Au petit matin, on découvre un centre historique lézardé de beauté : les azulejos en façade nous transportent brièvement à Lisbonne – en moins propre, mais avec plus de moiteur. Je profite d’un moment de calme pour annoncer à Salva le programme des trois prochains jours : trek, dunes, levés aux aurores et marche nocturne. *et là, bardaffe, c'est l’embardée... mais je suis trop crevé pour être en colère...option B, boire le café et ne pas croire au problème tant qu'il n'existe pas.* Je le regarde lentement couler dans sa tasse de café comme on coule dans une dépression douce.
Après un court *court avec des guillemets... 3h!* transfert jusqu’à Barreirinhas, on attaque le fameux exercice du sac minimaliste. *on passe accessoirement un hôtel où je me serais cru Cendrillon. Les souris discutaient clairement toute la nuit au dessus de mon lit. * Ce moment où tu dois faire rentrer dans 6 litres de contenance tout ce que ton anxiété voudrait voir voyager en 120. Spoiler : j’échoue encore. * la clim ne fonctionne pas, il fait mille dans la chambre, j'ai envie de mourir... peut-être le suis-je déjà* C’est alors qu’apparaît Clara *Antho... elle était dans notre voiture de transfert pendant 3h 😒*, nouvelle recrue du trek, qui, pleine d’allant, annonce à Salva d’un ton chirurgical qu’on finira par une marche de 17 km dans le sable. Salva sourit poliment. * c'est ce qui compte, non?* Ce sourire qui dit : « J’aurais préféré l’apprendre plus tard, voire jamais. ». * En effet* Moi de mon côté je suis content qu’une autre personne s’en soit chargé.
On fait connaissance avec notre petite troupe *autour d'un plat typique: des sushis*
Dans le groupe, nous rencontrons l'hillarante Valérie, une infirmière avignonnaise réfugiée dans l’Ariège, accompagnée de Marius, son fils, mi-ado, mi-philosophe de plage aux expressions que je qualifierai d’incendiaire -voire explosives-. Mélanie, Marseillaise de cœur, elle est généreuse et a le rire qui porte jusqu’au Mato Grosso. Lynda, notre Parisienne mais “cool et sympa” (preuve vivante que tout arrive), travaille à l’ambassade au Panama, le genre de fille avec qui le contact est facile et à l’humour en parfait alignement avec le notre. Elle est accompagnée de Maëlle, son amie québécoise d’adoption avec un humour piquant et absurde. Clara rêveuse et posée complète ce joyeux cocktail. L’alchimie est quasi immédiate.
C’est là qu’entre en scène "C" (parfois Angelina,.parfois Evelyne... ) * Freud aussi. on a fini par se dire que tous les noms étaient bons vous ne trouverez donc jamais le même prénom dans ce récit* — la régularité n’est pas son fort sauf quand il s’agit de vous rappeler l’heure. *Teutonne qui se renie légèrement, on n’a pas tout compris pourquoi mais nous avons des pistes. A la fois auteur, guide touristiques, residente au Paraguay...ça non plus on n’a pas tout compris* elle apporte dans ses *lourds* bagages toute la rigueur de la Bundeswehr. *rappel à l'ordre, esprit cartésien et de premier degré* Dès les premiers instants :
« Le guide a dit que la pause était de 20 minutes. Il faut partir maintenant. » *meuf, on est au Brésil... 20 minutes c'est selon ce que toi tu ressens dans ces 20 minutes*
On comprend qu’on ne sera pas là pour faire du farniente.
*Je ne suis pas du genre à aimer le conflit, en général, j'arrondis les angles mais je pense que parfois il faut aussi respecter ses valeurs et accepter d'être un peu plus honnête... et ça arrivera plusieurs fois durant le treck de devoir montrer mon côté latin qui dit ce qu'il pense, pour le dire simplement*

Puis vient Yvan, notre guide local, généreux et souriant comme toutes les perles de ce pays que nous avons rencontrées. *souffre douleur de Freud* Nous descendons la rivière et les paysages de mangroves, palmiers ou désertiques défilent. Après le repas du midi (et quelques Caïpis) On monte sur le toit d’un 4x4 les dunes nacrées commencent à s’étirer sous le vent. C’est d’ailleurs une des chansons que nous interpréteront à tue tête sur le toit de notre fusée. L’aventure commence. *le paysage est à couper le souffle. Je sens qu'on quitte la civilisation. Le groupe entier est grisé par la situation. Nous devenons magiquement un groupe isolé.

Des êtres inconnus sur qui nous devons compter pour que les jours se passent bien. Et les premières blagues sont rattrapée par l'un puis par l'autre... la bonne humeur se reprend et devient fluide.

Chacun comprend quelle place il peut trouver au sein du groupe*


Premiers pas sur les Lençóis : des lagons translucides blottis entre des dunes immaculées. On dirait des cuillers d’eau posées dans un désert de sucre. Le sable ne brûle plus sous les pieds car nous commençons la randonnée vers 15 heures, le vent parfois nous fouette, mais le groupe avance. Nous marchons aux heures douces, et faisons nos premiers plongeons dans ces bassines venues d’un autre monde. Le ciel nous prive de coucher de soleil, mais pas de magie. *Freud commence à se plaindre auprès du guide, prends ses distances, marche en avant sans savoir vers où aller, se plaint à mon oreille une fois... deux fois... j'opine. Je suis un gars ampathique. Puis, elle essaie de remettre la faute sur le guide. Ah! Pas moyen de me liguer... elle insiste. Le critique. Se met à me dire qu'elle, en tant que Guide du Paraguay (Le Paraguay quoi...) qu’elle en savait plus. J'arrive à monter le ton et lui dire de se taire et de profiter du moment. Et je m'en débarrasse...pour un petit moment."

Le soir, dîner dans une oasis sortie d’un rêve.

Le chat de la maison vient quémander l’amour et les restes. Je craque, évidemment.
« Merci de ne pas nourrir le chat car il risque de monter sur la table. »* lance Evelyne *, qui, visiblement, garde son autorité germanique même en fin de journée. * on.va vous passer les nombreux commentaires WTF que nous avons du interpréter comme des décalages culturels avant de déculpabiliser *
Nuit en hamac, entre moustiques mélomanes et coqs insomniaques. Le réveil sonne à 4h, mais c’est Catherina qui joue le rôle d’alarme humaine, secouant les hamacs avec un tonitruant “GOOD MORNING!”. *Je n'ai pas dormi de la nuit. Et figurez-vous que, du coup, je suis en pleine forme... mais je ne sais pas jusqu'à quand... Je me permets donc d'être sociable pour la énième fois avec notre guide autoproclammée en chantonnant un :"Gutte Morgen!" Digne de Nana Mouskouri. Auquel j'ai eu pour réponse un.:"Ugh!"...ok... ça va être une belle journée😒*

Clara, elle, n’a pas dormi non plus: elle a passé la nuit en câlins avec le chat.
« C’est pour ça que j’ai éternué toute la nuit. Je suis allergique. »* lance Cathelyn (ouais on a dit qu'on connaissait pas son vrai nom)*

Nous marchons 12 km ce jour-là. Les lagunes s’enchaînent, les formes se succèdent, arrondies, sensuelles. Le vent façonne, le temps déplace. Les dunes peuvent migrer jusqu’à 25 mètres chaque année, portées par le souffle des saisons.

Ces lagons sont le résultat de la saturation de la nappe phréatique en sous sol. Ils se remplissent durant la saison des pluies puis s’assèchent. Nous avons de la chance, elles sont pleines. On nage, on grimpe, on vole un peu avec le drone pour saisir l’ampleur du décor.

Le groupe se soude davantage. On rit, on partage. On s’étonne d’autant s’attacher si vite. * Je commence à identifier chacun dans sa personnalité, j'essaie aussi de sauver le guide aspiré par Casper et son énergie ultra basse. Le groupe délie un peu sa langue et j'avoue que j'apprends à mieux connaître Valérie et Marius et je ris aux éclats tant leur humour et le mien se rencontrent*

*Enième élan d'empathie vers Merlin, j'essaie de lui demander pourquoi elle va aussi souvent en Amazonie (oui,on a appris qu'elle y était allée 4 fois mais chaque fois en se plaignant des déchets jetés par les locaux. Je lui demande donc ce qui fait qu'elle aime malgré tout cette région dans un anglais où je choisis vraiment mes mots... BAM! Suzie me dit qu'elle n'aime pas l'Amazonie. Qu'elle y retournera une cinquième fois pour descendre le plus long bras du fleuve. 🤔 je réitère ma question doutant de ma capacité à parler un anglais correct. Pourquoi tu y retournes si tu n'aimes pas? Ce à quoi la réponse la plus carrée que j'ai jamais entendu:"Je n'aime pas mais dois le faire! " Valerie m'en est témoin. Elle rit. J'essaie de me retenir. Je sens que je vais me permettre de plus en plus de rire de ce type de réponse durant ce treck quitte à troquer mon empathie pour un léger sado/masochisme*
*Roberta s'éloigne inexorablement de l'énergie du groupe. les “latins désorganisés” la saoule grave*, on pourrait presque identifier des regards désapprobateurs quand quelqu’un ose prendre du plaisir hors planning. Heureusement, on est huit autres, et on est bien.
*j'arrive vraiment à vivre le moment en m'emmerveillant de ce paysage unique. Me dire:"Je suis là,maintenant! Et j'ai énormément de gratitude d'entendre les autres rire, discuter, se confier. Mes pieds sont exfolié au possible, s'enfoncent dans le sable à chaque pas comme pour me garder une seconde en plus dans ce paysage qui était, est et sera après mon passage*

Dernier jour. 17 km. Départ à 3h du matin. *deuxième jour sans dormir,.je suis blasé* Joie intense pour Salva. Moi je boîte un peu à cause d’une blessure au pied que je me suis faite le premier jour. * toujours pareil, c'est lui qui me fout dans ce genre de treck et c'est lui qui finit par souffrir le plus* On soigne et on repart.

Sous le ciel étoilé, le sable crisse.
*La voix lactée... désolé mais la voix lactée. J'essaie de marcher en m'ancrant cette fois-ci vers le ciel..je me sens minuscule. Autant que les grains de sables que j'écrase. Et c'est très bien. J'aime mon groupe encore plus. même si tout cela est éphémère comme notre passage sur Terre (ouais, je suis poète...poulette, pouette). Moi qui suis un anxieux, j'arrive à oublier que je pourrais <<liste de choses horribles que j'ai l'habitude de projeter>>*

Puis la lumière naît. *on vous passe quelque remarques et comportement de Zézette qui choque le groupe tout en le rendant hilare. *.Lentement, les dunes passent du bleu nuit à l’orange pastel.

Un lever de soleil que même les plus blasés n’oublieront pas. L’eau est d’un bleu électrique. Les dunes, immaculées. On dirait des glaciers suspendus qui plongent dans les lagons. Les lumières douces du matin sont les seules à pouvoir offrir ce spectacle éphémère.

La beauté est partout, sauf dans la bouche de Catherina, qui lâche LA remarque de trop. Cette fois, Salva explose.

*hum... contexte... contexte...
Je marche depuis le début protégé par un t-shirt et un tissus qui cache ma bouche, mon nez et ma nuque pour le sable et le soleil, donc aucun intérêt de mettre des crème solaires. Dix heures,.nous arrivons dans un magnifique lagon à l'eau <<cristalina>>😉 (private joke pour les gens du groupe). Je retire donc mon sac, mon T-shirt... j'applique de la crème..jusque là... normal. V'la ti pas que le KGB vient me dire que je ne dois pas mettre de crème car je vais polluer le lagon et detruire l'écosystème (avec ma crème qui pénètre ma peau). Il fallait le faire avant ou après! Je commence à sentir en moi une colère qui grimpe. Ou je finis par capituler sur un."Ça va, je vais pas me baigner! Maman." Faut savoir que miss Amazone 1957 a tout de même un problème avec les déchets, elle nous l'a répété à propos de son fleuve chéri. J'adhère à ses idées à 1000% évidemment...mais il faut les appliquer chérie. Sinon c'est un peu facile.
FLASHBACK
... Durant le treck, plusieurs d'entre nous on fait attention de ramasser d'éventuels plastiques qu'ils auraient trouvé en chemin. Les mettant dans leur sac à dos. J'avais le sac à dos plein de deux bouteilles ramassée quand je trouve une canette parterre. Je la ramasse et propose à Freud de la mettre dans son sac. Elle me répond (my god j'ai encore du mal à y croire) "I have no bag". Mais meuf... il est sur ton dos. Je le vois! Mais je suis plutôt rancunier du coup j'avale ma salive en répondant un "Ok" qui, si tu ne fais pas d'effort je te fais comprendre que tu es passé du côté darkside de ma considération planétaire.
So...
On revient au Lagon, où je décide de me promener seul après avoir tapé un bon :"Elle me casse les c***" que même un Nepalais aurait pu traduire. Valérie me propose justement de les rejoindre pour les rafraîchir. J'avoue, j'éclate de rire et surtout, je ne veux pas tourner l'attention sur moi comme un petit enfant qui se fait supplier de rentrer dans l'eau. Je les rejoins. Et Alfred se met à nager vers moi pour s'excuser. Trop tôt ma cocotte. La mienne est encore sous pression ! Qui plus est, ses excuses sont un monument d'arguments pour me dire que je fais partie de ces gens qui détruisent l'écosystème. Et là, je lâche la sauce. D'abord dans un anglais pas très adéquat, j'enchaîne avec une diarrhée verbale en espagnol..tout y va, l'eau cristalline qui brûle la peau, la canette d'hier, les remarques de profs, les commentaires sur le guide... un gros bouton blanc qui perce en plusieurs pets qui détendent. Je n'espère pas faire du harcèlement, sachant que le groupe me regarde mais j'essaie de situer mes limites avec honnêteté. (Le guide lui-même me remerciera à demi-mots tout en gardant son professionnalisme) le groupe se dit qu'on a pas besoin d'ajouter une couche. *

Moment cathartique. Le groupe retient sa claque mentale et savoure le moment où l’abcès est crevé.

Le trek touche à sa fin.
*mes commentaires commentaires paraissent concerner principalement un epi-problème dans le groupe. Mais en réalité, il n'en est rien. Je ne vous ai pas parlé de ces longs moments de contemplation, de réflexion,.de discussion qui m'appartiennent plus que le petit conflit. Les lagons, Yvan, les filles, mon mari qui râle plus que moi resterons davantage gravé. Le ici et maintenant que je m'entête à chercher ailleurs mais que j'ai trouvé là-bas.*

On revient à São Luís, plus poussiéreux, plus émus, un peu changés. On s’offre un dernier dîner tous ensemble. Deux caïpirinhas, trois bières, des rires gras et tendres. Puis un Uber s’enclenche. C’est fini.
Deux semaines, c’est à peine un souffle.
Je voulais voir Rio avant mes 40 ans, c’était le prétexte.
Au final, on a effleuré le Brésil du bout des pieds, mais juste assez pour sentir tout ce qu’il renferme.
On repart le cœur plein, avec cette certitude tranquille : on reviendra. Et cette fois, on prendra le temps.
